L’IPTV et le magnétoscope numérique en France

Le magnétoscope numérique porte un nom aux Etats-Unis : TiVo. En France et en Europe, de premiers lancements réussis ont eu lieu. Quelle sera la stratégie de déploiement adoptée par les opérateurs ?

TiVo : analyse d’un succès américain

TiVo a été lancé en aux Etats-Unis en 1999. Il a atteint un parc de 3,6 millions en 2005, grâce son partenariat avec Direct TV, le principal opérateur satellite qui lui a apporté 61% de ses abonnés.

Précurseur, TiVo a immédiatement séduit l’utilisateur avec une série de fonctionnalités nouvelles, pratiques et ergonomiques autour de l’enregistrement numérique (DVR « Digital Video recording » ou PVR « Personal Video Recording »), et qui se sont enrichies en tirant parti du monde connecté : enregistrement sans cassette avec une grande capacité de stockage (40 à 80 hrs), pause en direct (« time shifting »), retour instantané sur direct, avance rapide sur publicité (« fast-forward through commercials»), programmation simplifiée avec un guide des programmes (« electronic program guide»), moteur de recherche et programmation via broadband (si l’on a oublié de programmer avant de partir de chez soi), transfert de contenu vers un DVD ou un portable iPod ou PSP (TiVoToGo), …

Les mots clés utilisés par TiVo pour parler du succès rencontré auprès du consommateur sont : « a family live experience, so easy everyone in the home will use it » ou « its’ about lifestyle, not technology … and it’s about more than broadcast TV». Le marché a mûri et TiVo se retrouve à présent en compétition avec les STB (« set-top-box) à disque dur des câblo-opérateurs qui proposent des fonctions similaires. Il est même menacé par son partenaire historique Direct TV qui propose son propre DVR. Pour continuer à se distinguer sur un marché à présent très orienté sur les prix (« marché de commodity »), TiVo évolue vers de nouvelles fonctions qui doivent encore convaincre comme les insertions publicitaires (« pop up ads », « banner ads in the fast forward button ») ou la protection du contenu en VOD ou Pay per View.

Premiers lancements en France et en Europe

TiVo n’a pas réussi à conclure un accord similaire avec les opérateurs français. Ne lui restent que la distribution en points de vente ou par Internet qu’il n’a pas choisi d’investir, ce qui explique son absence en France.

Les opérateurs français ont préféré développer eux-mêmes leur produit (Canal + a lancé le Pilotime en 2003 avec un terminal développé par Canal+ Technologies) ou s’appuyer sur des industriels bien connus (France Télécom vient de lancer son magnétoscope numérique avec une STB Sagem, TPS a lancé en 2003 le Platinium avec une STB Sagem). On parle ici de PVR ou de DVR. Si les opérateurs français s’appuient sur le terminal basé chez le consommateur pour stocker les enregistrements, en Angleterre et en Italie, les opérateurs télécoms alternatifs HomeChoice et Fastweb utilisent le réseau pour stocker les enregistrements. Ils rediffusent ensuite au consommateur son enregistrement à la demande. On parle là de nPVR, « network PVR ».

 

Vers une stratégie de déploiement gagnante

Les retours des utilisateurs de PVR ne laissent planer aucun doute : ce service a un bel avenir devant lui car il répond à un besoin réel ( maîtriser ou « piloter » son temps) tout en facilitant et enrichissant des usages (enregistrer et regarder la TV sans se couper du monde extérieur). Quelle voie empruntera le déploiement de ce service, DVR ou nPVR ?

Les opérateurs ont un rôle clé dans sa distribution. Les opérateurs satellite ont un choix technique limité, lié à leur réseau broadcast : leur produit PVR ne peut être que basé sur un terminal doté de capacité de stockage, une STB avec disque dur interne ou externe (via une prise USB). Les opérateurs télécoms disposent eux d’un réseau unicast, leur permettant de rediffuser des contenus à la demande : ils ont un choix important à faire entre offrir un produit PVR basé sur le réseau (nPVR) ou basé sur un terminal (DVR). L’histoire des Télécommunications est riche de ces aller-retour entre le réseau et le terminal et la répartition des services dans l’architecture : un service identique pour le consommateur est parfois offert au travers du terminal, c’est le cas du répondeur vocal situé à la maison, ou par le réseau, c’est le cas de la messagerie vocale offerte par le réseau mobile.

Si le nPVR semble de prime abord séduisant car il ne requiert pas de STB spécifique et semble mutualiser le coût de stockage (lorsque plusieurs clients programment la même émission, celle-ci n’est enregistrée qu’une fois par l’opérateur), il peut induire une gestion compliquée de type « usine à gaz » : ainsi en Italie, l’opérateur enregistre toutes les chaînes en permanence, purge ensuite en ne conservant pendant 1 semaine que les émissions ayant donné lieu à des enregistrement, rediffuse à la demande en assurant un flux unicast parfait ce qui l’a amené à dupliquer ses serveurs au plus près des clients … et finalement à perdre en dupliquant, ce qu’il avait gagné en mutualisant. Autre inconvénient significatif du nPVR, la copie réalisée par l’opérateur sort du droit privé et celui-ci doit demander aux chaînes et aux ayants-droits l’autorisation d’enregistrer et de rediffuser … ce qui peut prendre un certain temps.

Le DVR basé sur un terminal de type STB + disque dur, présente des avantages de simplicité, d’immédiateté et de maîtrise de l’investissement :

  • il est simple à expliquer pour le client qui visualise son magnétoscope numérique, il lui offre la possibilité de stocker « chez lui » sa bibliothèque d’enregistrement et non dans un réseau abstrait
  • il ne demande pas de compétence de gestion de bande passante et de qualité de réseau particulière : l’opérateur se limite à un rôle de distributeur- il est immédiatement opérationnel sur les chaînes du bouquet TV sans préalable juridique
  • il ouvre sur le partage de contenus à la maison (« home networking »), la rediffusion des enregistrements vers différents postes de TV, la portabilité du contenu ou encore le téléchargement de contenus par l’opérateur vers le disque dur de la STB (« push video ») en utilisant les « heures creuses » du réseau et la capacité de stockage locale
  • il correspond à un investissement cumulé plus élevé mais variable, éventuellement partiellement immédiatement récupérable au travers d’une vente d’équipement au consommateur

Si la « messe n’est pas encore dite » pour le nPVR, le jeu des acteurs est un indice important. A cet égard, l’engagement de Microsoft autour du digital media est sans équivoque : en investissant dans de nombreuses technologies (DRM, VC1, MTP, Media Center, Media Connect, MS TV …), Microsoft cherche à enrichir Windows et à relier les mondes du grand public électronique (« consumer electronic »), du PC et de l’Internet. Sa vision est de permettre au consommateur de recevoir un contenu sur n’importe quel terminal connecté (PC, TV-STB, Téléphone) et de le redistribuer ensuite dans son foyer entre ses différents équipements selon son usage ou de l’embarquer sur un terminal portable (lecteur mp3 ou portable vidéo). A terme, pour un contenu vidéo, le PC pourra servir de DVR du flux TV et être utilisé pour la VOD, en combinant les modes pull (streaming) ou push (téléchargement).

Cette perspective procure aux opérateurs trois atouts majeurs, qui semblent sonner le glas du nPVR à court-terme :

  • la possibilité de réserver aux flux TV en direct (« Live ») leur bande-passante, élément clé dans la pespective de la future HDTV fortement consommatrice de débit,
  • la limitation de la distribution de serveurs VOD dans leur réseau, très complexe à maîtriser,
  • l’opportunité d’enrichir leur offre et leurs tarifs entre différents contenus VOD : contenus immédiatement disponibles ou à réserver, block-busters du mois pré-chargés sur le DVR, ….

 

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